LA FONCTION CARCERALE - La Tour de Crest


CREST


Architecture militaire (fortifiée)

La TOUR
26400 CREST

La fonction carcérale

Photographie n ° 1

- Les prisonniers

Dans l’ensemble castral, on a probablement une cour de justice avec des cellules, après 1425, une fois que le Dauphin prend officiellement possession du lieu. Dans le château « inférieur », le bâtiment Saliver a logé un tribunal en 1488-1497. La fonction carcérale apparaît dans un texte en 1484 avec l'enfermement de criminels.

A partir de la moitié du XVIIe siècle, la Tour sert essentiellement de prison. Louis XIV voulant supprimer la « religion prétendue réformée », des protestants y sont séquestrés. Avec la révocation de l’Edit de Nantes en 1685, les emprisonnements se multiplient. Pour certains, l’incarcération à Crest précède l’exécution ou l’envoi aux galères.

Sous l’Ancien Régime, les lettres de cachet du roi entraînent l’incarcération dans la Tour de nobles, d’ecclésiastiques, de bourgeois, d'endettés, d'escrocs, de libertins ou d'opposants à la monarchie. L’internement à Crest est de même utilisé pour exercer une pression sur la population pour qu’elle paye pleinement les impôts royaux.

On peut suivre, avec les incarcérations dans la Tour, le « rythme » des révoltes et des révolutions de 1789 jusqu’à la fin du Second Empire. Durant cette période, les détenus sont le plus souvent des opposants ou des « suspects » aux divers régimes politiques qui se sont succédé. C’est le cas en 1849 où une trentaine de personnes ayant participé aux révoltes de 1848, à Marseille, sont incarcérées à Crest. En janvier 1852, la Tour, cette fois, détient jusqu’à 457 Républicains qui s’étaient soulevés contre le coup d’État de Louis-Napoléon Bonaparte.

Des vagabonds, des mendiants, des aliénés, des déserteurs, des prisonniers de guerre, des détenus de droits communs, des assassins sont aussi internés dans le bâtiment au XIXe siècle.

La dernière mention de prisonnier est en 1859.

En 1878, la Tour devient une propriété privée. La fonction du bâtiment change.

Voir l' étape n° 19 pour les graffiti des prisonniers

- La transformation de la Tour en prison

 Elle s'est faite surtout en réaménageant des structures préexistantes. De nombreuses parties, notamment au deuxième et troisième étages, ont servi de cellules, dès la fin du XVe siècle.

 Rez-de-chaussée

 Salle 1- salle 2

La salle 1, aujourd’hui, correspond à la partie basse d’une pièce qui a été partagée en deux dans le sens de la hauteur pour créer deux salles superposées avant le début du XVIe siècle. La salle superposée ainsi créée est actuellement au premier étage (salle 4). La salle 2 a subi les mêmes transformations (La salle superposée ainsi créée est actuellement au premier étage (salle 3). . En 1760, la salle 1 et la salle 2 sont délabrées, elles ne sont alors plus utilisées. Au XIXe siècle, elles deviennent des cellules.

A la fin de 1851 - début 1852, 56 insurgés républicains sont incarcérés dans la salle 1 prévue pour 16 personnes!

 Premier étage

 Salle 3 – salle 4

 Au début du XVIe siècle, la salle 3 et la salle 4 servent pour le stockage de la viande puis au XVIIIe siècle, les soldats les utilisent comme chambres. Elles deviennent ensuite des lieux d'incarcération comme l'attestent les portes de « cellule » et certains graffiti.

 Le silo-cachot

Un cachot se trouve à ce niveau. On y accède par la salle 10 qui est au deuxième étage.

 Deuxième étage

 Le vestibule

 Il a été utilisé pour la promenade des prisonniers.

 Le "réduit" à l'ouest du vestibule

Il sert de cachot pour les femmes, au XVIIIe siècle.

La salle 6 et la salle 7

 Elles changent de fonction au XVIIIe siècle. Elles deviennent alors de sinistres, sombres et glaciales cellules où les prisonniers ont inscrit de nombreux graffiti.

La salle 10 et le silo-cachot

Photographie n ° 2

 La pièce est transformée en cellule au moins à partir du XVIIIe siècle. Dans le sol, une petite ouverture donne accès à un espace, qui a pu servir de silo avant d'être transformé en cachot.

Ce cachot de 4,25 m sur 2,2 m, en partie taillé dans le rocher, a une hauteur de 6,40 m environ. Il est mentionné pour la première fois en 1458. Le compte rendu de 1508 - 1509 nous apprend que des « criminels [...] sont descendus à l'aide d'une poulie ».

Le cachot se trouve dans une tour nommée « Croton ». Croton signifie cachot.

Troisième étage

 Salle 11 - salle 11 bis - salle 11 ter : Chambre dite Montlaur

 Ces espaces ont changé de fonction au XVIIIe et au XIXe siècle. Ainsi, ils ont servi, eux aussi, à enfermer des prisonniers (notamment la salle 11 en 1849 -1852, la salle 11 bis dès 1754, la salle 11 ter au XIXe siècle). Ces personnes ont laissé des témoignages poignants, écrits ou dessinés, dans leur cellule.

 Salle 13 (dans la tour Vieille) : le cachot « Saint-Julien »

 La porte d’accès de cette pièce correspond à la porte d’entrée (à 13 m de hauteur) de la tour Vieille avant la troisième phase de l’aménagement du donjon. L’épaisseur du mur à ce niveau est de 2,90 m !
En 1484, le lieu est déjà utilisé comme cachot. Le compte-rendu de 1508-1509 mentionne « un cachot sévère et solide » !
En 1746, l’endroit est nommé le « cachot Saint-Julien ». Une description de 1781 nous permet de constater que ce lieu était plus que « sévère et solide »( voir la notice sur les conditions de détention) !

 Salle 14
Le lieu a eu différentes fonctions. Il a servi à battre la monnaie, puis, au XVIIIe siècle, il a été utilisé comme cachot et aussi comme chapelle.

Quatrième étage

Salle 15 (dans la tour Vieille) : le cachot de la Volière (ou de la Rolière)

 Ce lieu est ainsi nommé à partir de 1769. Il paraît peu utilisé au XVIIIe siècle.

A l’ouest, au sol, un trou fait penser à un urinoir.

- Des conditions de détention très difficiles

 Les prisonniers souffrent de l’humidité, du froid, des poux, des rats, des maladies. Ils manquent de lumière, de subsistance, de « promenade ». Certains meurent des mauvais traitements.

 Le cachot « Saint Julien » (salle 13) est mentionné, en 1508-1509, comme « un cachot sévère et solide ». Le même lieu, en 1781, est ainsi décrit : « l’air ne pouvant d’aucune manière s’y renouveler […]. Cet air est d’autant plus insalubre lorsqu’il y a des prisonniers qu’ils n’en sortent point et sont obligés d’y faire tous leurs besoins ».
Le nombre de détenus et la durée des peines peuvent être plus ou moins importants. En 1789, il y a cinq incarcérés dont Philibert François Xavier de Pourtier enfermé depuis trente ans par lettre de cachet !

En janvier 1852, les conditions de détention sont aggravées avec l’incarcération d’insurgés républicains. Le 17 janvier 1852, une pétition des incarcérés de la salle 1 nous en rend compte : " le nombre de cinquante-six personnes que nous sommes dans cette salle, la lumière nous serait tout à fait indispensable car il nous est impossible de pouvoir nous coucher sans lumière. Nous sommes obligés de nous mettre sur quatre rangs tout le long de la salle et nous nous touchons de tous le côtés. Nous sommes obligés de nous lever à tous les moments de la nuit et de passer les uns sur les autres à cause de l’encombrement. » Le 23 janvier 1852, 457 opposants à Louis Napoléon sont emprisonnés dans la Tour qui ne peut en recevoir que deux cent cinquante" ( voir étape n° 19 - les graffiti des prisonniers).



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Notice créée le 01/07/2018
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