Église Notre-Dame


CHANTEMERLE-LES-BLÉS


Architecture religieuse

Montée de l'Église
26600 CHANTEMERLE-LES-BLÉS
Cette église qui brave les siècles sur son piton de mollasse est la fierté des habitants de Chantemerle.
Son exposition dominant le village de Chantemerle attire les regards du visiteur malgré son allure modeste. Celui-ci est ensuite subjugué, après une montée harassante, par le panorama que l'on découvre sur le parvis. La vue embrassant à plus de  180 degrés le paysage typique de la Drôme des collines, dont les célèbres collines du Mallen et du bois de l'Ane.
Ensuite en se retournant vers sa façade Ouest, il est intrigué par les visages restaurés  de part et d'autre de la fenêtre axiale qui nous interpellent. Les visages de gauche représentent le pèlerin, qui arrive avec la bouche pleine de médisances, représentées par les serpents qui sortent de sa bouche, alors que le pèlerin qui ressort de l'église, ferme sa bouche à deux mains pour bien montrer qu'il se repent de tous ses péchés et qu'il a bien l'intention de ne plus médire.
Sur la façade Ouest on distingue les quatre contreforts ainsi qu'une niche à droite qui pourrait être un enfeu où étaient exposés les défunts avant l'absoute et la messe à l'intérieur, ou bien un baptistère où l'on baptisait les enfants avant leur entrée dans l'église.

Cette église a été construite et remaniée à plusieurs époques. Au départ entre le sixième et le huitième siècle, il s'agissait d'une simple basilique rectangulaire, élevée, peut-être sur un ancien site païen, couverte d'une charpente et d'un toit, avec une petite abside à l'Est, de rares fenêtres et sans clocher. De cette première époque il ne subsiste qu'une partie des murs latéraux et la partie inférieure du mur de façade.
2ème étape : entre 1050 et 1100 remplacement de l'abside par une nouvelle avec deux ouvertures.
3ème étape : grande transformation de l'église par le voutement intérieur avec piles, voûte en plein cintre, chapiteaux, coupole et clocher et les contreforts extérieurs indispensables pour soutenir l'ensemble fin du 11eme et début du 12eme siècle.
Enfin la 4ème et dernière étape au cours du 12eme siècle avec remplacement de l'ancienne façade carolingienne par une façade décorée à  influence mauresque et orientale comme la Cathédrale du Puy étant donné qu'elle dépendait du chapitre du Puy.

Quand on pénètre à l'intérieur on est frappé par la robustesse des piliers et l'harmonie qui y règne ; cela est dû à la sobriété de  l'architecture d'un pur roman du 12ème siècle, avec la voûte et les arcs en plein cintre,  dans la nef centrale et sur les collatérales.

L'église Notre Dame est réputée pour ses vingt-six chapiteaux tous décorés d'animaux fantastiques, de visages et de feuillages. Ils sont archaïques c'est-à-dire non historiés, tous issus de la même école et datent de la construction de la voûte en dur, fin du 11ème ou début du 12ème siècle. Sur la base du troisième pilier sur la gauche de la nef centrale on peut lire l'inscription non datée du constructeur "Ermefredus te fecit" (Ermefredus t'a fait).

Les chapiteaux : on en compte 26, on est frappé par l'aspect cocasse, mais joyeux qui ressort de l'ensemble des sculptures, contrairement à celles sinistres, que l'on trouve dans certaines églises romanes. Ils donnent l'impression que les sculpteurs se sont amusés en créant des animaux fantastiques : lion, ours... qu'ils n'ont  par ailleurs jamais connus. On constate que certains chapiteaux sont plus finement sculptés, ½uvres du maître et d'autres plus grossiers réalisés par des élèves.
Les oiseaux : ce sont les plus nombreux  on en compte six ; c'est le thème qui revient le plus souvent parmi les animaux : ibis, phoenix, pintades ou pigeon ? Ils évoquent la spiritualité, la connaissance. Le phoenix oiseau mythique a le pouvoir de renaître de ses cendres ; ils devaient être les favoris de nos bâtisseurs ou bien ils cherchaient à insuffler de la spiritualité dans cette église... On les retrouve opposés ou bien isolés sur des feuilles en palmettes.  Sur un des deux  de la tribune, détail curieux, le sculpteur a  poussé la précision en rajoutant un  ½il en pierre noire pour accentuer la réalité (photo centrale) l'autre étant  certainement tombé entre temps.
Les visages humains : il s'agit de visages  de facture grossière ; on en trouve un vu des tribunes et l'autre sur le dernier pilier gauche vers le ch½ur le visage allongé portant moustaches. Et enfin un  petit visage niché dans le chapiteau en haut du pilier gauche de la tribune montrant un visage nous adressant un clin d'½il pour la postérité :  le maître sculpteur ou Ermefredus  le maître d'oeuvre?
Les feuillages : Le feuillage est généralement symbole d'espérance, promesse de renouveau et de transformation ; l'arbre dont il est issu étant appelé à porter des fleurs et des fruits. On en trouve beaucoup sur les chapiteaux de l'église, associés ou non à des figures ou des animaux. Ce sont des feuilles d'acanthe, palmettes etc.
Les animaux fantastiques : on termine par le meilleur, certainement ½uvre du maître, tellement ils sont expressifs, cocasses et plein de vie. Soufflant ou crachant, leur queue s'étalant en ramifications ; ce sont des animaux d'origine solaire. Ils se trouvent de part et d'autre du pilier gauche soutenant la tribune. Admirez la maîtrise du sculpteur au sommet de son art. A gauche un ours ? gambade allègrement au-dessus d'une très belle  palmette en éventail, à droite un léopard ? bondissant au-dessus d'un aigle à aigrette exprimant la complexité de l'homme corps et esprit, symbolisé par l'association de l'oiseau et du lion. Un diablotin et deux personnages curieux : Pour ma part, le chapiteau situé à droite de la nef centrale près du ch½ur ne représente pas un acrobate, mais plutôt un diablotin la tête en bas, tenant ses jambes dans ses bras et deux serpents  vers sa tête essayant de le retenir. On distingue nettement ses dents acérées, son nombril et son sexe. Il s'agit donc du diable terrassé après que le pèlerin se soit repenti de ses péchés. S'agissant des deux autres curieux personnages qui se trouvent au revers de la façade au niveau des tribunes, qui se font face en se tirant la langue. On aperçoit au centre l'atlante grossièrement dégrossi soutenant la première arcade droite de la nef ; on distingue nettement son cou gonflé par l'effort ainsi que  l'emplacement de son sexe, qui a dû être supprimé pour des raisons de bienséance. Lui faisant face à droite un curieux personnage moustachu, tirant la langue  le menton appuyé sur un long bâton strié. Les deux personnages ont la tête surmontée d'un ample feuillage ; on aimerait savoir qu'elle dispute les oppose, cela restera un mystère pour nous et pour les générations à venir...

La star : notre  vierge noire,  c'est une copie de la vierge noire du Puy, mais en fait , la première copie donnée à Chantemerle a dû, comme au Puy, être brûlée à la révolution. Celle-ci est en plâtre posée sur un cadre en bois. Historiquement on pense que la vierge noire du Puy a été rapportée par Adhémar de Monteil *évêque du Puy, lors de son premier pèlerinage en terre Sainte. (il y est retourné 10 ans après en tant que légat du pape lors de la première croisade en 1065 où il perdit la vie lors du siège de St Jean d'Acre).

Auteur: Henri Robin (2020).

*Monteil Adhémar a donné Montélimar où la famille possédait le château des Adhémar.
Lire la suite
Notice créée le 02/02/2016
Consultée 2395 fois
Les derniers commentaires
Envoyer un commentaire
Non connecté
Le manuscrit est écrit par Jules Faure (et non Jean), né en 1903 et décédé en 1990. Très attaché à son village de Chantemerle, il a également travaillé avec passion sur l’½uvre du poète et conteur Éloi Abert.
Patrimoine du pays de l'Herbasse
Autres lieux associés
Chapelle Saint Pierre de Marnas

MERCUROL-VEAUNES

Accéder à la notice
Château du Mouchet

CHAVANNES

Accéder à la notice
Ancien moulin seigneurial

CHAVANNES

Accéder à la notice
Autres lieux à proximité
L'étang du Mouchet

CHAVANNES

Accéder à la notice
Ancien vivier

CHAVANNES

Accéder à la notice
Église

CHAVANNES

Accéder à la notice